Vivre pleinement : et si on apprenait à vraiment regarder ?

J’attendais mon bus sous la pluie en rentrant du travail, écouteurs sur les oreilles. Ce soir-là, j’écoutais un podcast sur le "jardin punk", cette idée de laisser la nature reprendre ses droits en ville. En regardant ces plantes qu’on faisait pousser entre les voies de circulation, je me suis mise à les regarder avec une intensité inhabituelle. Non pas en cherchant leur valeur esthétique, mais en réfléchissant à leur véritable sens, à leur provenance, depuis combien de temps ils sont là. Ils devraient être contents avec la saison des pluies. Bref, mille questions me sont venues.

De là, un fil s’est tiré dans mon esprit. La phénoménologie. Bien sûr… Je l’avais étudiée à l’université en cours de méthodologie de recherche. 

La phénoménologie : voir sans interpréter

C’est un grand mot pour une idée toute simple : regarder les choses telles qu’elles sont, sans filtre, sans jugement.

Husserl parlait de "retour aux choses mêmes". Pas d’interprétation, pas de théories, juste l’expérience brute.

Merleau-Ponty insistait sur le rôle du corps dans cette expérience : nous ne sommes pas de purs esprits, nous percevons le monde à travers nos sensations.

Sartre reliait tout ça à la liberté : voir le monde autrement, c’est aussi choisir comment l’habiter.

Mais sommes-nous réellement capables de percevoir sans juger ? Peut-on observer sans que notre mémoire, nos références et nos émotions viennent changer l’expérience ?

Et si la phénoménologie était un exercice quotidien ? celui d'apprendre à voir autrement, sans filtres ni automatismes.

Vivre avec la phénoménologie, c’est redécouvrir le monde à chaque instant. C’est être présent, curieux, et accepter la réalité telle qu’elle est, sans vouloir ne la posséder ni la figer.

Je crois que c’est exactement ce que je faisais à cet arrêt de bus. Au lieu de râler sur la pluie, de penser à ce que j’allais manger en rentrant ou de faire défiler ma to-do list dans ma tête, j’étais juste là. À regarder ces plantes pousser entre les pavés, sans chercher à les classer en "beau" ou "moche", "utile" ou "inutile". Juste les voir, sans rien attendre en retour.

L’impermanence : rien ne dure, et c’est tant mieux

En rangeant mes affaires récemment, je suis tombée sur un livre de Thích Nhất Hạnh où il y avait une partie qui parlait d’impermanence. L’idée que tout change, tout le temps, et que vouloir figer les choses est une illusion.

Un café refroidit. Un moment agréable finit par s’effacer. Une relation évolue. Une herbe pousse dans le béton, puis disparaît.

Le plus étrange, c’est que cette idée devrait nous angoisser, et pourtant, elle a quelque chose de libérateur. Parce que si tout change, alors rien ne nous emprisonne vraiment. Ni une situation difficile, ni un état d’esprit négatif, ni même nos propres peurs.

Si la phénoménologie nous apprend à voir le réel tel qu’il est, l’impermanence nous rappelle qu’il ne sera jamais figé. Mais alors, pourquoi avons-nous tant de mal à simplement être là, dans l’instant ?


Le bonheur est en toi

Ce qui nous empêche de vivre l’instant présent

Honnêtement, la seule fois où j’ai eu cette impression, c’était après quelques verres. Tu sais, ce moment où tout semble plus simple, où on se met à dire des trucs du genre : "Rien n’est permanent, tout est mouvement…"

Dans la vie de tous les jours, c’est plus compliqué. On cherche le bonheur partout : dans nos relations, notre travail, nos loisirs… On est en pilotage automatique, toujours à anticiper la prochaine étape, à courir après un mieux, un plus.

Peut-être que la clé est simplement de voir ce qui est déjà là et de l’observer autrement.


Demeler les pensées

Comment être plus présent ?

Pas besoin de partir méditer dans un monastère ou de suivre un guru du bonheur sur YouTube. Il suffit de petits ajustements au quotidien :

Goûter un café au lieu de juste le boire : sentir sa chaleur, son goût, son impact sur le corps.

Regarder sans chercher à comprendre : observer un paysage, une scène de rue, sans tout analyser immédiatement.

Écouter sans préparer sa réponse : être vraiment là pour l’autre.

Marcher en sentant le sol sous ses pieds : ressentir l’air, les sons, la texture du monde.

Au fond, la phénoménologie et l’impermanence nous disent la même chose : regarde vraiment, ressens vraiment, sois là.

Quelques pratiques pour s’entraîner

Pour affiner la perception et apprendre à voir les choses telles qu'elles sont véritablement, voici quelques exercices que je te propose :

Phénoménologie :

Choisie une expérience (objet, sensation, action). Décrie ce que et perçois sans interpréter : couleurs, textures, sons… Relie et vérifie si tu as ajouté des jugements. Au lieu de "le café est bon", écrive "goût amer, rugueux, persistant".

Impermanence : exercice de la disparition

Observe un élément en train de changer (glace qui fond, fumée qui se dissipe, ombre qui bouge). Note ce qui disparaît ou se transforme. Ça peut être une chose simple comme regarder le ciel : observez comment les nuages changent de forme et de couleur sans jamais rester figés.

Et peut-être qu’en faisant ça, comme le dit Thích Nhất Hạnh,

"Vous découvrirez qu’il y a déjà suffisamment de conditions dans votre vie pour être heureux. Et à cet instant, vous connaîtrez le bonheur."

Et je rajouterais : Your hapiness does not have to make sens to other people :)


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