Le miroir ment
Il y a quelques semaines, je me suis mise à galérer pour trouver des vêtements à mettre. J’ai une armoire de quatre portes remplie de vêtements. Mais rien ne m’allait. Du moins, c’est ce que je pensais.
Depuis, chaque matin, je fais mon possible pour limiter le moment où je check ma tenue du jour dans la glace. Parce que je n’aime pas, tout simplement. Ça ne me plaît pas du tout, et je me rassure à me dire que la beauté n’a rien à voir avec les kilos. Ça je le sais.
Mais il y aura toujours quelqu’un dans la rue ou dans mon entourage pour me dire que je suis bien mignonne avec ce poids en plus. On ne peut pas vivre tranquillement. Franchement, ça me foule.
Pourtant, à notre époque, il y a quand même pas mal de discours et d’inspiration pour combattre cette tyrannie de la minceur.
Ça me rappelle mon adolescence. Mon plus grand complexe était mes cheveux. Je les lissais avant et je trouvais ça joli, jusqu’à ce qu’on me dise qu’ils ne sont pas lisses naturellement et qu’on me fasse la remarque sur leur raideur. Même quand le vent passait, ils ne bougeaient pas.
À l’université, j’ai commencé ma transition capillaire et je les ai laissés en liberté.
Au milieu de mes années d’études, arrive la question du poids. Après les cours, en discutant un peu de nos poids, une amie me fait la remarque que nous avons le même poids, mais qu’elle a déjà deux enfants. Vous imaginez ma déception. Cette phrase a ouvert une porte qui n’existait pas en moi. C’est là que commence un labyrinthe de complexité. 57 kilos.
J’ai toujours eu un style assez banal, mais en vrai, si je pouvais m’habiller comme je le souhaite vraiment, ce serait un style très avant-gardiste.
Les mécanismes psychosociaux : comment les normes s'ancrent en nous ?
Les normes esthétiques ne tombent pas du ciel, elles s'impriment en nous dès l’enfance.
À force d’y être exposé – dans la rue, à la télé, dans les remarques anodines de nos proches – notre cerveau les enregistre sans qu’on s’en rende compte. C’est ce qu’on appelle l’effet de simple exposition : plus on voit un corps mince valorisé, plus on l’associe à la beauté, à la réussite, à la valeur. Et même en sachant tout ça, il est difficile d’en sortir, car ces idées deviennent automatiques, presque invisibles.
Elles structurent notre regard sur nous-mêmes. Et ce qui rend la chose encore plus vache, c’est que cette pression passe souvent par des formes de contrôle social déguisé en bienveillance : « c’est pour ton bien », « c’est juste un conseil », « je m’inquiète pour ta santé ».
Résultat : on passe notre temps à se juger, à s’ajuster, à tenter de correspondre. Même lorsqu’on court pour se libérer, une remarque suffit à nous ramener dans la cage. C’est là toute la violence du système : il est intégré à nos propres pensées.
Les injonctions sociales : une pression constante
Après ma séance de footing, je croise ma voisine à l’entrée. Elle me félicite d’abord pour ma volonté et me fait cette remarque sournoise : « Je comprends tellement, parce que si tu ne courais pas, tu serais encore plus grosse. »
C’est plus difficile de se libérer de ces obligations. Pourtant, j’ai lu pas mal d’études, d'articles à ce sujet. C’est dans la tête qu’on déconstruit les normes.
Je ne veux pas apprendre ça à mes cousines ni a mes enfants. Je ne veux pas donner cette image, que mon poids est réellement mon problème. Je veux montrer une personne libre de mettre ce qu’elle veut, sans qu’on lui dise que c’est « too much ». Être une personne à l’aise dans son corps.
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Ne plus se comparer
On sait que les images que nous voyons ne sont pas réalistes, que les routines de fitness ne sont pas toujours réalistes. Mais c’est bien idyllique, car non, on ne peut pas s’empêcher de se comparer. Nous sommes vulnérables aux images exposées tous les jours, partout, inconsciemment.
Selon la théorie de la comparaison sociale de Festinger, nous évaluons notre propre valeur en nous comparant aux autres. Appliquée à l’image corporelle, cette théorie explique pourquoi les personnes confrontées à des corps perçus comme "idéaux" — souvent via les médias ou les réseaux sociaux — peuvent ressentir de l’insatisfaction, surtout en cas de comparaison ascendante. Ces comparaisons influencent négativement l’estime de soi et la perception du corps, particulièrement chez les jeunes.
Vous imaginez comment on me regarderait si je m’habillais comme Cruella au quotidien ? Je m’habille comme ça, oui, mais pas devant les autres, juste dans ma chambre et devant la caméra.
Ressources nécessaires : vers une acceptation de soi
Le souci, c’est que nous sommes en surcharge cognitive.
Apprentissage veut dire conditionner, alors il faut briser les associations mentales, briser les conditionnements. Je trouve ça quand même encourageant qu’il y ait des pistes de réflexion à suivre.
Quand je cours, je me concentre sur tout sauf sur mon physique. Sur ce que cela allait me procurer. Je mange épicé sans penser à mes boutons, à manger un sandwich sans culpabiliser sur le gras de mon ventre que je n’arrive pas à enlever grâce aux pilates. Pourtant, j’aime cuisiner et j’aime bien manger.
Après je me dis que ce n’est pas parce que je suis comme ça que mon texte ne sera pas bien.
On essaie d’enlever cette idée progressivement. Ce n’est pas parce que je mets des tonnes de colliers parce que je trouve que ça me représente que je vais perdre mon job ou autre.
Vers une libération
À ces personnes qui aiment donner leur avis : en quoi dire à une personne qu’elle a pris du poids change votre vie ?
Vous me direz sûrement que vous vous inquiétez, mais ça changera quoi de dire à une jeune femme de 26 ans avec 63 kilos constitués d’organes, de graisse et d’os qu’elle a pris du poids ?
Ne contribuons pas à alimenter ces injonctions. Encore une fois, nous sommes là pour apporter un grain de lucidité. Peut-être que je n’aurai pas réussi à changer votre image de vous-même, mais au moins je vous aurai appris quelque chose. Aussi minime soit-elle, apprenez à taire les injonctions.



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