À toutes ces personnes qui n’ont pas (encore) réussi à suivre leurs résolutions cette année
On est tous là, au début de l’année, à se dire : « Cette année, je vais tout donner. »
Je vais me (re)mettre au sport. Je vais planifier des vacances de fou. Je vais faire plus d’activités. Je vais organiser mon mariage, changer de boulot, adopter un chat, reprendre le piano, méditer tous les matins…
La liste est longue. Et si elle ne l’est pas, c’est déjà un problème.
Honnêtement ?
Je n’ai pas fait de liste. Pas de résolution en bullet points, pas de tableau Excel de mes envies. Juste un truc flou mais tenace : j’avais envie de ressentir quelque chose.
Quelque chose de vrai. De vivant.
Ce que je cherche encore, aujourd’hui, c’est une forme de plénitude. Une liberté qui ne ressemble pas à un grand départ mais à un retour à soi.
Je l’ai cherchée dans pas mal d’endroits : les rencontres, le sport, les sensations fortes, les dimanches passés à écouter des playlist Jazz comme si c’était ça, la réponse.
Mais la vérité, c’est que je ne l’ai pas trouvée. Pas encore.
Et puis est arrivé juin. Avec ses check-lists bien cochées sur Instagram. Ses vision boards pastel bien alignés avec la lune.
Et là, tu te demandes : est-ce que j’ai raté un truc ? Est-ce que j’aurais dû planifier plus fort ?
Est-ce que ressentir c’était pas un peu trop flou comme projet de vie ?
Tu peux réessayer encore et encore.
Même maintenant. Même demain.Il n’y a pas de gong final, pas de voix-off pour dire que c’est trop tard. La motivation, c’est pas un feu sacré qu’on allume une fois pour toutes. C’est une bougie qu’on rallume, parfois tous les matins.
Elle vacille selon notre humeur, notre niveau d’énergie, le ciel gris ou une remarque lancée trop vite.
On croit souvent qu’il faut être constant. Héroïque. Mais en vrai, il faut juste apprendre à revenir. À refaire. Même petit. Même bancal.
En psychologie comportementale, on le sait : ce sont les répétitions qui comptent, pas les élans grandioses.
On ne construit pas une vie à coups d’illuminations. On la façonne à coups de retours.
Rien ne se passe toujours comme prévu.
Jamais complètement.La vie n’est pas linéaire. Elle zigzague, elle déraille, elle prend des détours qui n’étaient pas dans le GPS.
Pas l’abandon. L’acceptation.
L’idée qu’on ne contrôle pas tout. Qu’on n’est pas défaillant quand on flanche. Qu’il y a de la beauté aussi dans les jours désordonnés.
Accepter que tout ne soit pas maîtrisable, c’est pas renoncer.
Accroche-toi à ce qui te rend heureux (mais pas aux échappatoires).
Mais pas à ce qui t’anesthésie.
Le cerveau adore la dopamine : ce petit shoot de plaisir, de nouveauté, de « tiens, ça me change les idées ».
Mais il y a une différence entre se faire du bien… et fuir ce qu’on ressent.
Entre apaiser et éviter.
Ce qui nous calme dans l’instant n’est pas toujours ce qui nous construit.
Ce qui brille n’est pas toujours ce qui éclaire.
Quand tu poses une intention claire derrière ce que tu fais - même un truc simple, même boire un café au soleil -, tu donnes du poids à l’expérience.
Tu t’ancre.
Tu n’es plus juste en train de passer le temps. Tu habites ton moment.
Et c’est là que ça change : pas dans l’intensité de ce que tu vis, mais dans la qualité de ta présence à ce que tu vis.
On n’est pas des projets.
À force de vouloir “travailler sur soi”, on finit par s’épuiser.
Même nos failles sont sommées de s’optimiser.
La logique de performance s’est infiltrée partout. Même dans les méditations du matin, même dans les retraites pour “lâcher prise”.
Comme si “mieux être” voulait dire “mieux faire”.
Mais parfois, ce n’est pas de changement dont on a besoin.
C’est de repos.
De douceur.
De silence.
De se dire : ça suffit pour aujourd’hui. Parfois, ce n’est pas de changement dont on a besoin, mais de repos, de douceur, ou simplement d’un peu de recul.
Ce n’est pas qu’une question de volonté.
Comme le rappelle Delphine Saltel, il faut regarder aussi autour. Le décor compte.
Avoir accès à une salle de sport. Du temps libre. Un entourage qui t'encourage au lieu de te freiner. Un minimum d’espace mental.
Tout ça dépend aussi de ta réalité sociale. De ta classe, de ton emploi du temps, de ton histoire.
Ce n’est pas une question de mérite. C’est une question de conditions.
Tu n’as peut-être pas tout accompli, mais es-tu la même personne qu’en janvier ?
Tu n’as peut-être pas coché toutes les cases.
Mais est-ce que tu es la même personne qu’en janvier ?
Peut-être que non. Peut-être que tu sais mieux dire non. Ou mieux respirer.
Ou mieux écouter ce qui se passe en toi avant de courir vers ce qu’on attend de toi.
Ce n’est pas une compétition.
C’est ton parcours. Et il est unique.
Nos objectifs visibles sont souvent moins importants que les déplacements silencieux qu’on opère.
Peut-être que tu as juste… déplacé quelque chose à l’intérieur. Une priorité. Une peur. Une manière d’aimer.
Et même dans ce que tu croyais raté ou inutile, il s’est passé quelque chose.
Un petit mouvement. Chaque événement que tu as vécu - qu’il t’ait porté ou heurté - a provoqué un déplacement en toi. Il t’a fait réfléchir, t’a poussé à revoir une priorité, une relation, une manière d’être. Même dans ce qui t’a semblé inutile ou douloureux, il y a eu transformation.



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